Un témoignage

Dans le cadre du 50e anniversaire, nous vous invitons à lire le témoignage de Bruce Edwards qui a été pilote de brousse en Amazonie au Pérou pour Les Ailes de l’Espérance de 1978 à 1981 et qui est aujourd’hui toujours impliqué dans l’organisme.

Un soir de mai 1978, je suis monté à bord d’un DC8 de la compagnie aérienne Canadian Pacific Airlines à Toronto. Le lendemain matin, j’étais à Lima, au Pérou. C’est ainsi que débutèrent mes plus gratifiantes et passionnantes années en tant que pilote. Jean-François Taschereau, qui devait me former pour devenir pilote de brousse, m’accompagnait sur ce vol. Quelques jours après notre arrivée à Lima, nous avons traversé les Andes en voiture. À l’époque, il fallait parfois plus de vingt-quatre heures pour effectuer le trajet sur des routes de montagne accidentées. Edward Schertz était alors chef pilote pour Alas de Esperanza Perú et il m’a également aidé à acquérir de nombreuses compétences essentielles de pilote.

La plupart de nos opérations ont soutenu des douzaines de communautés autochtones ainsi que des postes de mission dans toute l’Amazonie péruvienne. Nous effectuions aussi des missions d’évacuation médicale, souvent plusieurs fois par semaine. C’est au cours de ces missions que j’ai rencontré ma femme, Elisa. Elle était étudiante en médecine et suivait un programme de stage en milieu rural à l’hôpital de Satipo. Elle voyageait beaucoup dans la région pour effectuer des cliniques mobiles et des campagnes de vaccination dans les communautés autochtones.

J’ai été directeur des opérations pendant trois ans et j’étais essentiellement responsable de la sécurité de nos deux avions Cessna. Un avion sur roues était basé à Satipo. Cet avion était affectueusement surnommé Timi, qui était l’abréviation de Chicoutimi. Les gentils habitants de Chicoutimi avaient donné la plus grande partie de l’argent pour acheter cet avion en 1976. Malheureusement, plus tard en 1978, l’avion s’est écrasé sur une piste d’atterrissage isolée dans la communauté autochtone d’Otica. Sur le coup, il semblait irréparable, même le transport des pièces vers Satipo a demandé plus de six mois de travail acharné.

Heureusement, nous avions commandé un nouveau Cessna. Je suis donc revenu au Québec en 1979 pour aller chercher cet avion et le piloter jusqu’au Pérou. Nous avons d’abord effectué une modification majeure à Lac à la Tortue pour permettre à l’avion d’opérer en toute sécurité sur des pistes courtes. Accompagné de Lionel Couture et de son frère, nous nous sommes envolés pour le Pérou. Ce fut une grande aventure. Nous avons survolé la mer des Caraïbes et les montagnes des Andes. Le nouvel avion a rapidement été baptisé Aviro, ce qui signifie « bonjour » dans la langue des Ashanikas.

Nous étions enfin de retour en affaires, mais notre hydravion basé à Iquitos avait travaillé dur pendant dix ans et avait besoin d’une remise en état complète. Nous avons donc sorti l’avion de l’eau et l’avons entièrement restauré à la mission franciscaine de Punchana. Après plusieurs mois, notre hydravion surnommé « la tortue volante » a repris la voie des airs et nos techniciens ont alors entrepris la reconstruction de Timi. Toutes les pièces ont été chargées dans un camion et envoyées à Lima. Quelques mois plus tard, nous avons ramené Timi à Satipo par la voie des airs. En traversant les Andes à 18 000 pieds, à un certain moment, nous avions l’impression de faire la course avec les camions qui franchissaient le col principal de la montagne appelé Ticlio.

Le Pérou, et en particulier dans notre vallée, devenait de plus en plus dangereux lorsque les insurgés du Sentier Lumineux (Sendero Luminoso) ont commencé à attaquer le pays. Elisa et moi étions maintenant mariés et nous avons décidé de rentrer au Canada. Nous sommes partis en 1981 et n’avons pas revu Satipo avant 2001. J’ai poursuivi ma carrière d’abord comme pilote de sauvetage militaire, puis comme commandant de bord au Canada. Elisa s’est requalifiée en tant que médecin de famille et s’est spécialisée dans les soins aux personnes âgées. Nous avons eu la chance d’avoir deux enfants que nous avons élevés en Alberta.

En 2003, Elisa a repris contact avec l’hôpital de Santa Clotilde, situé sur le Rio Napo. À mon époque, c’était un vol de cinquante minutes depuis Iquitos, mais il faut maintenant presque une journée pour y aller en bateau. L’hôpital a été fondé par les Pères Franciscains et les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame des Anges du Québec. Dans les années 1980, deux médecins/prêtres, le père Maurice Shroeder et le père Jack MacCarthy ont pris cet hôpital en charge. Elisa y a fait du bénévolat et est restée impliquée dans l’organisation. Nous avons participé à quelques projets au fil des ans et nous avons pris conscience qu’il y avait un sérieux problème avec le système d’eau de l’hôpital. En effet, l’eau de la source était cristalline, mais pour diverses raisons, l’eau de l’hôpital était contaminée et impropre à la consommation. En 2016, le père Maurice, André Franche et moi-même avons eu une réunion à Ottawa. Après avoir discuté du problème, André a généreusement accepté de financer et d’organiser la construction d’un nouveau système d’approvisionnement en eau potable. Ce système, alimenté par énergie solaire, a été considérablement étendu pour inclure l’école adjacente et fonctionne depuis 2018.

En réfléchissant à mon implication aux Ailes de l’Espérance, certaines choses retiennent mon attention. Je me sens extrêmement chanceux d’être impliqué dans cet organisme. Tout ce qui concerne le Pérou, y compris les gens et la culture unique, est tout simplement incroyable. Je me sens béni d’avoir rencontré et travaillé avec autant de collègues dévoués. Je dois mentionner les nombreux directeurs et bénévoles basés à Montréal, dont Noël Girard, Lionel Couture et André Franche. Leur vision et leur soutien au fil des décennies sont en grande partie responsables de notre succès. Je n’oublierai jamais Mgr Lorenzo Guibord, l’évêque d’Amazonas. Et aussi les nombreux pilotes et mécaniciens qui ont travaillé dur, en particulier Enrique Tantte, mais il y en a eu d’innombrables autres qui ont travaillé sans relâche pour que notre avion continue à voler.

Bruce Edwards
Novembre 2020

Dons en ligne : https://ailesdelesperance.org/donnez/
Ou par téléphone : 1 866 277-5111

Cet article a 7 commentaires

  1. André Daoust

    Toutes mes félicitations à M. Edwards et à son épouse.
    Je connais très bien M. André Fanche qui a consacré sa vie à permettre aux pauvres du Pérou d’améliorer leurs conditions de vie par de l’eau courante et de vivre dans la dignité.

  2. Pierrette St-Pierre

    Félicitations pour votre témoignage M. Edwards. Il est tinté d’amour pour ce peuple tant accueillant. Bravo aussi à votre épouse qui a œuvré parmi les siens. Toute mon admiration!

  3. Colette Claveau

    quel témoignage impressionnant…… vous avez sans doute connu le Pere Gérard Parent qui a passé sa vie en Amazonie…. quel courage, quel don de soi…. merci de la part de tous les péruviens

  4. Thérèse Dalrymple

    Monsieur Bruce,
    Votre témoignage d’engagement, de dévouement et d’amour gratuit envers ces communautés autochtones de l’Amazonie péruvienne me touche beaucoup. Vous avez répondu généreusement à cet appel missionnaire, accompagné de votre chère épouse, Elisa, qui elle aussi, a su vous épauler admirablement avec ses connaissances médicales. Mon admiration, mes félicitations et remerciements bien sincères. Que le Seigneur vous le rende en bénédictions pour toute votre famille.

  5. Laurent Baillairgé

    19 JUIN 2021

    Je voudrais ici dire mon admiration à André Franche pour l’apport considérable qu’ a été le sien pour fournir de l’eau potable aux populations du Pérou perchées dans les montagnes éloignées de la civilisation. Que son travail soit connu de l’ensemble des Canadiens afin que davantage de personnes apportent un soutien financier encore plus important à cette oeuvre magistrale qu’André accomplit là-bas avec son équipe. Félécitations pour le cinquantenaire de la Fondation des Ailes de l’Espérance.

  6. Nicole Rouleau

    Ce témoignage de M. Edwards me remplit de joie, sachant qu’il est tout à fait heureux du travail qu’il a accompli.

  7. Yan Robi

    Je supporte l’action des Ailes depuis de nombreuses années.
    J’ai accompagné une amie Suisse -Camerounaise financé par le gouvernement Suisse qui a réalisé une maison pour femmes ; le but est de leur donner une formation en agriculture adapté, apprendre à cuisiner et à compter pour vendre leurs surplus agricoles afin d’êtres autonomes.

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